Giacomo Balla,
Fillette courant sur un balcon, h/t, 125x125 cm, 1912, Milan, Galerie d’Art Moderne.
Introduction :
Giacomo Balla (Turin 1871 - Rome 1958), peintre futuriste italien. Il est l’artiste le plus ancien du groupe futuriste. Il s’installe à Rome en 1895. Les peintures qu’il y exécute évoquent les aspects sociaux du monde contemporain (progrès techniques, banlieues industrielles). Après un séjour à Paris où il découvre la peinture impressionniste, il introduit dans ses tableaux une lumière diffuse et une touche fragmentée (La journée de l’ouvrier, 1904). Il signe en 1910 les manifestes futuristes, le 1er, Manifeste des peintres futuristes paraît le 11 février et le 2nd, Manifeste technique de la peinture futuriste le 11 avril. Cependant, il n’adhère au groupe qu’en 1912. Il s’attache alors à l’étude du dynamisme de la couleur et de la lumière ainsi qu’à la vitesse et au mouvement. Il montre une grande richesse d’invention dans la décomposition du mouvement (Fillette courant sur un balcon, h/t, 125 x125 cm, 1912, Milan, Galerie d’Art Moderne ; Dynamisme d'un chien en laisse, h/t, 1912, Buffalo, New York, Albright-Knox Art Gallery ; La main du violoniste, h/t, 52 x 75 cm, 1912, Londres, Collection Estorick.), et de la lumière qui le conduit à des abstractions très colorées (série des Interpénétrations iridescentes, 1912-1913). En 1915, il signe avec Depero le manifeste de la Reconstruction futuriste de l’univers et entama une période de recherches plastiques. Il entreprit alors la réalisation d’objets, expérimentant de nouveaux matériaux. Dans les années 20, il participe à de nombreuses expositions collectives avec le groupe futuriste, mais s’en éloigne dans la décennie suivante et revient à la peinture figurative.
Fillette courant sur un balcon, huile sur toile, 125 x 125 cm, 1912, Milan, Galerie d’Art Moderne est une œuvre futuriste de G.Balla réalisée au cours de la période durant laquelle il s’intéresse tout particulièrement à la vitesse et au mouvement.
Fillette courant sur un balcon, une œuvre en mouvement.
Dans un premier temps, nous allons nous intéresser au mouvement futuriste. Ensuite, nous analyserons l’œuvre afin de saisir comment Balla y a rendu l’idée de mouvement.
I. Le futurisme :
A. Origines et préceptes :
Le futurisme est un mouvement littéraire et artistique italien du début du XXème siècle. Né autour du poète Filippo Tommasso Marinetti. C’est l’un des mouvements d’avant-garde qui a connu le plus de guerres internes et a le plus choqué. Il naît officiellement à Paris par une publication le 20 février 1909 dans Le Figaro du Manifeste du futurisme rédigé par Marinetti et dont les onze points vont faire le tour du monde autour de l’idée centrale d’un modernisme volontaire et agressif, en rupture délibérée avec la tradition. Ce manifeste appelle à libérer l’expression artistique italienne de son immobilisme, cette dénonciation de l’apathie culturelle correspondant à une période où la scène artistique italienne est partagée entre l’obsession d’une domination artistique révolue et l’absence de forces créatrices. Il affirme une approche radicalement novatrice de la création, rejette le passé, exalte le progrès par des valeurs : vitesse, mouvement, violence, guerre « comme hygiène du monde », patriotisme, destruction des musées, mépris de la femme. Soucieux de diffuser leurs idées, les futuristes publient un nombre considérable de manifestes et de tracts. Le mouvement s’exprime fréquemment dans la presse, organise conférences et soirées de propagande prenant appui sur des revues comme Poesia, dont F.T Marinetti est le directeur. Il prend la dimension d’un art de vivre grâce aux membres du groupe qui veulent pratiquer un « art total », étendant leur champ d’action à de nombreux domaines : ameublement, vêtement, cuisine…
B. Dans le domaine pictural :
Les idées de Marinetti trouvent un écho favorable dans le domaine pictural. Le 1er manifeste consacré aux arts plastiques, Manifeste des peintres futuristes publié le 11 février 1910 est signé par l’ensemble des peintres du groupe : Boccioni, Balla, Carrà, Severini et Russolo. Un 2e est publié le 11 avril de la même année, Manifeste technique de la peinture futuriste. Dans ce dernier, subsiste de Marinetti la volonté de rupture moderniste, la question de la forme, le pouvoir spécifique de la couleur et la recherche sur l’espace.
Ces peintres sont tous issus de la dernière génération du divisionnisme italien. Dans un premier temps, la touche divisée demeure l’instrument de leur analyse picturale. En outre, ils sont nourris à leur début de la leçon néo-impressionniste de Seurat et de Signac. Ils réinterprètent le cubisme. Le fractionnement suggère le dynamisme, les angles aigües deviennent signes de vitesse, le dessin se fait vecteur et la couleur échauffement et explosion (Russolo, Dynamisme d’une automobile, 1.40 x 1.06 m, 1912-1913, Paris, Centre Pompidou.).
Les peintres futuristes s’emploient à glorifier l’extraordinaire énergie du monde moderne : frénésie de la vie urbaine et industrielle, action des machines.
Ce qui est en jeu à la surface de la toile : la quête du mouvement, posant la question d’un espace qui a rompu avec l’illusion naturaliste. Elle remet en cause la notion de tableau puisque le spectateur doit être au centre de celui-ci. Le thème de la vitesse est également au cœur des préoccupations futuristes. Ils font le choix de la vitesse comme seul moyen d’appréhender le mouvement, principe essentiel du monde moderne. Ils le restituent par la représentation d’un sujet dans les instants successifs de son évolution dans l’espace et le temps, rappelant le principe de la chronophotographie : le résultat produit vise à une recherche de « sensation dynamique » entraînant la dématérialisation des corps.
C. Fin et fortune :
La 1e guerre mondiale sonne un brutal coup d’arrêt à l’effervescence créatrice du mouvement. Ayant affirmé, dès le manifeste de 1909, un message clairement belliciste, des membres du groupe s’enrôlent dans l’armée à l’image de Luigi Russolo, Filippo Marinetti, Antonio Sant'Elia et Umberto Boccioni. Ces deux derniers meurent en 1916. Cette même année, Carlo Carrà se convertit à la peinture métaphysique de Giorgio De Chirico.
1916, marque la fin de la 1e période futuriste.
Malgré les hésitations ou les contradictions de ses principaux acteurs, la force d’impact du futurisme, à partir du texte fondateur de 1909 est considérable. Il influence de nombreux courants artistiques à l’échelle internationale. En Russie, où le manifeste est connu marss 1909, la vision sociale et l’esprit subversif du mouvement italien inspirent les artistes qui développent des tendances propres comme le « cubo-futurisme » et le rayonnisme. En Grande-Bretagne, il mène à la création du vorticisme…
II. L’œuvre :
« Tout bouge, tout court, tout se transforme rapidement. »
Manifeste technique de la peinture futuriste.
A. Le sujet :
Elle représente une fillette en train de courir. Il s’agit cependant moins d’une fillette que d’une silhouette. En effet, elle se trouve à mi-chemin chemin entre figuration et abstraction.
Pour Balla et le reste du groupe futuriste, le sujet dans l’œuvre d’art est une nécessité, loi suprême d’organisation de la forme et de la couleur. Celui-ci dans Fillette courant sur un balcon, est décomposé en deux fois : d’abord par le jeu de la touche éclatée néo-impressionniste, ensuite par la représentation successive des instants d’un mouvement.
B. Lègues et réinterprétations:
D’abord, on peut sentir dans Fillette courant sur un balcon le lègue du divisionnisme italien dont Balla est issu comme les autres membres du groupe futuriste. C’est une technique qui consiste à décomposer et à juxtaposer des couleurs primaires, au moyen de petites touches, filaments, points ou traits, que l’œil reconstitue dans la synthèse de la perception, avec leurs vibrations lumineuses et leurs abstractions formelles pour une intensité lumineuse inédite et un refus du clair-obscur traditionnel mais sans la rigueur scientifique des peintres français. Cependant, l’aspect de la théorie des couleurs reste constamment soumis au contenu. Alors, Balla et les futuristes qui ont un comportement anarchisant et méprisant tout académisme refusent le sérieux méthodique du divisionnisme.
Puis, Balla lors de l’exposition universelle à Paris en 1900 découvre le néo-impressionnisme. De là, introduit dans ses œuvres dont Fillette courant sur un balcon, une touche fragmentée et une lumière diffuse. Mais Balla en tant que peintre futuriste, rassemble tous les mouvements (du temps, de lieu, de forme, de tonalité chromatique) en une synthèse là où les impressionnistes peignent un tableau pour rendre un moment précis et subordonne la vie du tableau à la ressemblance avec ce moment.
Ensuite, on peut remarquer dans cette œuvre un parallèle entre la décomposition du mouvement de la fillette courant et la chronophotographie. Ce procédé consiste à prendre plusieurs photos dans un temps très court, sur le même négatif. On peut ainsi décomposer le mouvement humain.
Cette idée de décomposition du mouvement est également reprise dans l’œuvre par l’idée cubiste de mettre plusieurs visions différentes sur une même toile. Cependant, ce que les cubistes faisaient avec l’espace, les futuristes et Balla ici, le fait avec le temps. Il s’agit dès lors d’un cubisme réinterprété. Dans l’œuvre, il utilise le fractionnement pour suggérer le dynamisme : touches de couleurs éclatées, alors que les angles aigües deviennent des signes de vitesse: les bras et les jambes forment des sortes de flèches allant toutes dans un même sens donnant une impression d’accélération : ’’»’’.
C. Le rendu du mouvement :
1. Lumière :
Dans l’étude de mouvement de Fillette courant sur un balcon, on observe une tentative de synthèse de la dynamique de la lumière. C’est la décomposition de celle-ci qui ouvre la voie aux éléments formels d’une synthèse non figurative. La lumière est ressentie comme possibilité, à la fois « objective » et « mentale » de décomposer l’image dans un « mouvement lumineux ».
Constituant une analogie formelle avec des essais chronophotographiques qui lui sont contemporains, la silhouette de la fillette en train de courir se multiplie et se dissout dans le jeu rythmique des touches de couleur, du bleu clair jusque dans les verts et du jaune au rouge. C’est l’emploi de couleurs à tons purs employés simultanément, et par contraste, affinés et gradations, qui créent le dynamisme de la couleur.
Selon l’artiste, c’est l’utilisation de la couleur pure et vive qui devrait conduire à la rupture avec l’académisme et à la création d’une sensibilité authentique. Le potentiel d’abstraction de la touche néo-impressionniste à deux dimensions fournissant une impulsion importante pour aller vers la dissolution de la forme d’un objet en mouvement. Ce renvoi tardif à Signac, s’exprime dans la disposition orthogonale de la touche, et est resté unique en son genre dans l’œuvre de Balla.
C’est cette division de la couleur en tâches isolées qui créent l’illusion du mouvement.
2. Vitesse :
Comme dans d’autres tableaux de Balla l’œuvre est ici traversée d’un personnage en course, aux gestes vifs et mouvements furtifs.
Le thème de la vitesse est au cœur des préoccupations futuristes. Ils font ce choix de la vitesse comme seul moyen d’appréhender le mouvement, principe essentiel du monde moderne.
Dans l’œuvre, Balla restitue le mouvement par la représentation d’un sujet dans les instants successifs de son évolution dans l’espace et le temps rappelant la chronophotographie. Cette décomposition du mouvement peut illustrer le point 9 contre le matérialisme naturaliste du Manifeste technique de la peinture futuriste : « que le mouvement et la lumière détruisent la matérialité des corps ». Le résultat produit vise à une recherche de « sensation dynamique » entraînant la dématérialisation des corps et l’éclatement des formes. C’est la décomposition du sujet en une succession de phases juxtaposées qui engendre le mouvement.
3. Dynamisme :
La notion de dynamisme est omniprésente dans l’œuvre. Le motif y est extrêmement simplifié, dépouillé de toutes données anecdotique ou sentimentale, la « mise en page » de l’image est audacieuse et neuve, avec cette évidente valeur dynamique.
C’est une problématique à laquelle les futuristes tentent de trouver une réponse formelle et à laquelle Balla répond ici par le rendu du mouvement : ils découlent de la lumière et de la vitesse. Dynamisme et mouvement semblent indissociables.
Les futuristes conçoivent le monde comme mouvement et en transformation continue. Ils adoptent alors une formule souple, laquelle pouvant saisir à la fois la sensation et le concept, la forme que l’on perçoit et la forme pensée. Elle imite mieux le mouvement continu de la vie.
Pour eux, ce n’est pas seulement l’observation du phénomène de l’objet en mouvement qui fait le dynamisme, ni sa trajectoire d’un point à un autre. C’est la conception des corps interprétés à travers une forme qui synthétise toutes les manifestations de leur relativité entre mouvement absolu et mouvement relatif.
Conclusion :
Fillette courant sur un balcon, est une œuvre unique en son genre dans l’œuvre de G.Balla. La touche fragmentée et la décomposition de l’instant représenté donne une impression de mouvement, de dynamisme.
Elle est dans sa conception et sa réalisation représentative du mouvement futuriste dans sa première phase de recherches, de réflexions et de représentations.
L’Œuvre annonce les recherches de Balla qui la suivent avec la série des Compénétrations iridescentes exécutées entre 1912-1914. Elle a également eu des conséquences dans la naissance de l’art abstrait chez Robert Delaunay, Gino Severini, Piet Mondrian, Kasimir Malévitch, Wassily Kandinsky et Paul Klee.
ben oui mais c'est que j'en suis fière, moi de ma mrde que j'ai pondu alors je l'expose lol